La charge glucidique, ou « carboloading », est l’une des stratégies nutritionnelles les plus étudiées dans le domaine du sport d’endurance. Elle consiste à maximiser les réserves de glycogène (la forme de stockage des glucides dans les muscles et le foie) avant une compétition, afin de retarder l’épuisement des carburants énergétiques lors d’un effort prolongé. Bien utilisée, elle peut faire la différence entre terminer un marathon sur les réserves et « frapper le mur » au 35e kilomètre.
Pourquoi les glucides sont-ils critiques en endurance ?
Lors d’un effort d’intensité modérée à élevée (>65 % du VO2max), les glucides sont le carburant prioritaire du muscle. Ils sont oxydés plus vite que les lipides et permettent de maintenir une allure plus élevée. Le problème : les réserves de glycogène musculaire et hépatique sont limitées — environ 400 à 500 g pour un adulte non entraîné, soit environ 1 600 à 2 000 kcal. Pour un marathon couru à allure compétitive, ces réserves peuvent s’épuiser complètement, provoquant le fameux « mur » de la fin de course.
L’objectif de la charge glucidique est de porter ces réserves à leur maximum (600 à 700 g, soit environ 2 500 à 2 800 kcal) avant le départ de la compétition.
Pour quel type d’effort est-elle pertinente ?
La charge glucidique est pertinente pour les efforts d’endurance dépassant 90 minutes à intensité modérée à élevée :
- Marathon et semi-marathon courus à allure ambitieuse
- Course cycliste ou contre-la-montre de durée >90 minutes
- Triathlon (sprint exclu, olympique à Ironman)
- Longues sorties de trail running compétitif
Elle n’est pas nécessaire — et peut même nuire par l’inconfort digestif qu’elle provoque — pour des efforts inférieurs à 60-75 minutes.
Le protocole moderne : 2 à 3 jours avant la compétition
La recherche actuelle a simplifié le protocole historique (semaine de déplétion suivie de surcompensation). Le protocole moderne sur 2 à 3 jours est aussi efficace et bien plus confortable :
- J-3 (48-72 heures avant) : réduire l’entraînement à une intensité légère, maintenir un apport glucidique normal (5-6 g/kg de poids)
- J-2 (48 heures avant) : augmenter les glucides à 8-10 g/kg/jour, réduire les fibres et les graisses pour limiter l’inconfort digestif. Exemples : riz blanc, pâtes blanches, pain, pommes de terre, bananes
- J-1 (la veille) : maintenir les glucides à 8-10 g/kg, repas de la veille léger et digeste (riz blanc, poulet, peu de sauce), bien s’hydrater
- Matin de la course : repas glucidique 2 à 3 heures avant le départ (200-300 g de glucides), éviter les aliments à fort index glycémique qui peuvent provoquer une hypoglycémie réactionnelle si consommés trop près du départ
Ce qu’il faut éviter pendant la charge
- Les aliments riches en fibres (légumineuses, légumes crus, céréales complètes) : risque de ballonnements et d’inconfort digestif pendant la course
- Les aliments très gras : ralentissent la vidange gastrique et peuvent provoquer des nausées à l’effort
- L’alcool : diurétique et perturbateur du sommeil, contre-indiqué les 48 heures avant une compétition
- Les nouvelles recettes : ne testez jamais un aliment inconnu en période de charge — votre tube digestif a ses habitudes
Nos conseils pratiques
- Testez votre protocole de charge glucidique lors d’un entraînement long préalable à la compétition — ne découvrez pas ses effets (prise de poids hydrique, sensation de lourdeur) le jour J
- Attendez-vous à prendre 1 à 2 kg temporairement : chaque gramme de glycogène est stocké avec 3 g d’eau — c’est normal et réversible
- Continuez à vous hydrater normalement (urine de couleur paille) — la charge glucidique facilite la rétention d’eau, mais ne se substitue pas à une bonne hydratation
- Pour les compétitions en début de matinée, prévoyez un réveil suffisamment tôt pour terminer votre repas 2h30 à 3h avant le départ
- Consultez un diététicien du sport pour affiner le protocole en fonction de votre poids, votre allure cible et votre tolérance digestive individuelle